C'est comme si on avait voulu tout faire, tout connaître mais que nous serions passés à côté de tout.
Comme une course effrénée, à toute allure pour aller toujours plus loin sans jamais savoir où l'on va. Chercher des projets, quelquechose qui nous rattache au monde des vivants alors que tout nous en sépare. La lutte vaine de vouloir courrir après le temps dans l'espoir de le rattraper pour le dépasser, être au-dessus de lui, et ainsi croire que rien ne pourra nous arriver. Se dire qu'un an c'est rien, que tout est encore à faire mais on ne réalise pas que c'est déjà trop.
Trop loin de la réalité, trop loin de nous-même, on finit par se perdre.
Et le temps que l'on croyait arrêter nous dépasse à nouveau et fait cliqueter sa pendule comme d'autres sonneraient le glas. Il revient pour nous dire qu'il est déjà trop tard et qu'il n'y a plus rien à faire. Il fait sonner l'heure terminale qui brise un coeur pour que l'autre s'enfuit. Il sonne, sonne et nous réveille de notre torpeur comme après un trop long sommeil. Oh bien sûr, on n'a jamais compté sur un carillon blanc comme dernier coup finale mais ce n'était pas le glas que l'on attendait.
A trop se voir on s'est perdu.
Soi-même comme l'autre, on s'est perdu. On pensait être un alors que toujours nous sommes deux, on voulait se fondre dans l'autre et s'oublier mais à force de t'effacer tu as fini par oublier de m'aimer comme j'ai arrêté de voir. Mais aimer quoi? Voir quoi? L'ombre désormais pâle d'un amour déjà défunt? Un amour pour lequel il faut être aveugle pour y croire encore? Je ne te voyais plus. Seulement le reflet d'un amour lointain que seules les glorieuses heures déjà passées me permettaient d'y croire. Et toi, ne voyant pas davantage, tu sentais pourtant que tout s'effondrait, tu t'ignorais pour devenir un autre qui prit une épée et, pensant abréger mes souffrances, m'a abattu douloureusement.
L'amour rend aveugle mais le réveil éblouit.
L'amour c'est savoir se battre ensemble avant de se battre contre l'autre et finir par se battre seul.
Et c'est à mon tour que je m'éloigne au grand galot, les armes à la main, le plus loin possible de ce champ de bataille qui ne ressemble plus à mon coeur.